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    Quelle agriculture en cas de sécheresse permanente ?

     

    Au printemps 2011, les alertes à la sécheresse en France se suivent. En fait depuis décembre 2010 chaque mois est déficitaire en pluviométrie. Les nappes phréatiques n’ont pas retrouvées leur niveau.

    Celles et ceux qui vivent des produits de la Terre (agriculteurs, éleveurs, maraîchers…) sont les premiers touchés.           

     

    Des apprentis sorciers profitent de la panique générée par l’absence d’eau, par la peur (souvent justifiées) des faibles rendements de productions (et de la spéculation qui ne manquera pas d’y avoir autour des matières agricoles) pour proposer de fausses solutions qui pour eux ne manqueront d’être rentables ! Telles les Plantes Génétiquement Modifiées (PGM) résistantes à la sécheresse. 

    En Australie par exemple, notamment sous prétexte de lutte contre la sécheresse, des PGM viennent d’être autorisées à la culture. Comme le colza « Round up ready », qui lui, est résistant à un herbicide (le Round up) mais ni à la sécheresse ni au gel ! Allez comprendre !

     

    Si la sécheresse devenait un phénomène récurrent, il faudrait bien sûr envisager de s’y adapter plutôt que de la subir et de se plaindre ! Des solutions existent pour lutter contre la sécheresse ou pour vivre avec ! Qu’il s’agisse de techniques culturales, du choix de plantes et d’espèces animales adaptées, des savoirs faire sont à notre portée. L’agrobiologie, l’agroforesterie, la permaculture mériteraient que l’on s’y penche dessus. N’allant pas dans le sens des productivistes, elles sont souvent railler comme archaïques et non rentables.

     

    L’Agrobiologie :

    Contrairement à l’usage en cours chez de nombreuses personnes, un sol vivant, végétalisé retient beaucoup plus d’eau qu’un sol nu. Non, l’herbe (dans une plantation, dans un massif, dans un jardin) ce n’est ni « sale » ni « négligé » (absurdités que j’entends souvent). Au contraire, l’herbe permet de retenir les éléments minéraux du sol et favorisent une vie microbiologique. L’humus (issu de la décomposition de matières organiques) quant à lui, peut retenir d’importants volumes d’eau qu’il restitue aux racines des plantes. De même, des microchampignons s’y développent pour agir en symbiose avec les racines des plantes afin d’interagir avec elles notamment en leur permettant d’améliorer leur capacité de captation, de stockage et de restitution d’eau. Mais je n’entrerai pas ici dans de tels détails, de très bons ouvrages pédagogiques existent sur ces sujets (1). L’utilisation de paillage, de Bois Raméal Fragmenté (BRF) pour recouvrir les sols permettent aussi de limiter l’évaporation (et de favoriser en même temps la microbiologie du sol !) tout en étant une technique très accessible (permettant ainsi de valoriser certains déchets organiques).

    Contrairement à l’agriculture « conventionnelle » où les labours et les pesticides ont tué la microbiologie du sol, l’Agrobiologie favorise la vie du sol. Il parait que la France est le 3° consommateur mondial de pesticides (1er consommateur européen) et que l’Institut Pasteur a fermé son secteur Microbiologie. Il y a des relations de causes à effet intrigantes ! Alors, pour compenser la perte de vie du sol, l’agriculteur « conventionnel » doit booster son sol en engrais et intrants chimiques, qui pour la plupart seront rapidement lessivés et transportés dans les cours d’eau. Les autres poisons finissent dans l’assiette du consommateur ! 

     

    L’adaptation :

     

    Il parait que 80 % des légumes cultivés il y a 50 ans auraient disparu ! L’uniformisation des goûts, des formes, des couleurs, et la recherche des rentabilités maximales sont certainement les principales responsables. Pourtant, les plantes et les espèces animales locales sont les mieux adaptées aux climats des régions où elles vivent.

    La plupart des maïs cultivés en France ne sont pas adaptés à nos régions. La preuve : ils nécessitent des arrosages fréquents !   

     

    Haies fourragères :

     

    Le remembrement et la coupe des haies pour adapter les parcelles à la mécanisation agricole ont fait beaucoup de torts aux cycles naturels. Les haies avaient plusieurs intérêts : brise vent, souvent composées d’arbres fourragers (dont on donnait le feuillage à manger aux lapins ou aux chèvres), lieux de vies d’auxiliaires prédateurs (oiseaux, insectes…), leurs racines retiennent l’eau et les éléments minéraux des sols en cas de fortes pluies…

    Une des solutions consisterait à remettre en place des haies fourragères et l’utilisation d’arbres fourragers (frênes, robiniers, muriers, tilleuls, charmes…).

    Les arbres composant ces haies favorisent le cycle de l’eau (même si ils en boivent beaucoup !) et peuvent être utilisés (gérés efficacement) comme bois de chauffage, comme sources de BRF et leurs ramages comme fourrage (afin d’éviter d’utiliser les stocks de foin prévus pour l’hiver).

    Néanmoins l’augmentation significative de travail manuel ne devrait pas incomber uniquement aux paysans !

     

    Élevage ou cultures végétales ?

     

    La production de protéines végétales nécessite moins d’eau que celle de protéines animales. Logique puisque pour produire de la protéine animale… il faut d’abord produire du végétal ! Le choix d’une alimentation carnée est loin d’être sans conséquence sur la production de gaz à effet de serre, sur les pollutions liées aux déchets organiques, sur le choix désastreux de consacrer des cultures destinées au bétail et à l’exportation plutôt qu’aux cultures vivrières favorisant l’autonomie alimentaire. Manger de la viande est un choix politique (que certains ne peuvent pas se permettre) !

     

    Agroforesterie :

     

    L’agroforesterie (2), tout comme la permaculture (3) mériteraient aussi d’être traitées mais autant garder ces sujets pour une autre occasion afin de garder un peu de suspens (et de la place pour les autres rédacteurs de l’Altermondialiste !).

     

    Conclusions provisoires :

     

    Si les conséquences de la sécheresse et de l’appauvrissement des sols n’étaient pas aussi catastrophiques, on pourrait presque sourire de l’ironie de la situation : les agriculteurs les plus fragiles et qui se plaignent le plus sont ceux qui pratiquent l’agriculture la moins durable, celle dite « conventionnelle », celle aussi, responsable de tant de pollutions, d’appauvrissement des sols… Les méthodes ayant le moins d’impacts sur la nature semblent mieux résister à la sécheresse ! Toutes les subventions engouffrées par l’agriculture dite « conventionnelle » (et polluante) seraient certainement bien mieux utilisées à développer et/ou soutenir une agriculture biologique, agrobiologique, agroforestière… respectueuses des sols, de l’eau… leur permettant d’être socialement compatibles avec le facteur humain… 

     

    Ali Kertappec

     

    (1) Quelques ouvrages intéressants sur la microbiologie des sols :

    - « précis microbiologie du sol » d’André Pochon.

    - « Le sol, la terre et les champs ; pour retrouver une agriculture saine » de Claude et Lydia Bourguignon (aux éditions Sang de la Terre).

     

    Nous avons près de chez nous des producteurs qui cultivent leurs plantes (avec lesquelles ils confectionnent d’excellents produits) de façon agrobiologique (Philippe et Edvige aux Estrets, par exemple).

     

    (2) Quelques ouvrages intéressants abordant l’agroforesterie :

    - « L’agroforesterie : des arbres et des champs » d’Emmanuel Torquebiau.

    - « Agroforesterie : des arbres et des cultures » de Fabien Liagre et Christian Dupraz

    - « Agroforesterie » de Frédéric Miller & Agnès Vandome…

     

    (3)  un ouvrage intéressant en VF sur la permaculture :

    - « Permaculture » de Bill Mollison & David Holmgren

     

    Deux autres conséquences de la sécheresse : des famines frappant les populations les plus vulnérables et des problèmes de refroidissement des centrales nucléaires… à suivre.


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