L’ARÈNE DES CLAMEURS. Patrice, 28 septembre 2000.
Le soleil ruisselle sur les peaux dorées,
La fanfare rythme des airs colorés ;
La foule, en sueur, en clameur,
Couvre l’arène de ses fleurs.
Applaudit, le héros lève l’épée ;
Abasourdi, l’animal en terreur,
Offre ses flancs, en pleurs ;
Le sang suinte dans l’arène sablée…
Scintillement de luxe, de couleurs ;
Les lumières folles accroissent l’émotion…
La mort, donnée comme sublimation,
Victoire de l’Homme sur la peur.
Les portes s’ouvrent sur la gloire,
Les rideaux levés sur la foire ;
La folie est légitime par tradition…
Et qu’importe aux sadiques mon indignation !
Ne pas jouir de ce spectacle cruel
Passe pour frigidité !
Je veux fuir la Terre des mortels,
Et fuir leur perversité.
J’ai été toréé, moi aussi,
Mon corps tuméfié, blessé,
A toujours su se redresser
Et braver ses ennemis !
Aujourd’hui, plus encore qu’hier,
Mon verbe et mes poings sont amers !
Ma haine
De la race humaine
S’amplifie
Au fil de ma vie…
Certains voient dans ces charniers
La force d’un art théâtral !
Je ne peux que m’indigner
Et avouer l’acte immoral !
… Des nuages sombres couvrent les gradins ;
La pluie court sur mon chagrin
Comme des larmes affolées
Sur un monde désolé…