LE TANGO DE LA DOULEUR. Patrice, 24 septembre 2000.
Sur le grabat d’un hôtel sordide,
Quelques gouttes d’un suspect liquide ;
Aux pieds du lit,
Un corps gît, sans vie...
Recouvert d’une fine toile,
La silhouette a rejoint les étoiles
Et circule dans ses veines
Le poison malsain de ses peines…
Quelques dollars éparpillés :
Le prix de sa chair.
Pour quelques billets verts,
Elle s’offrait aux pervers…
Une peau dorée, maintes fois salie
Par des mains trop propres.
Jetée dans l’opprobre,
Abysse infini…
Ne plus souffrir telle existence,
Rêvant de fuir son ghetto :
« Partir, vivre d’errance,
Vers un univers plus beau ! »
Une dose toujours plus mortelle ;
S’offrant aux piqûres cruelles ;
Frêle enfant même pas femme,
Tu erres à l’état de fantôme…
Danse nue pour mes yeux fous !
Valse seule pour l’éternité !
Il y a longtemps que l’espoir t’a quitté !
« L’eldorado, disais tu, c’est vers où ? »
Tendre héroïne aux yeux flous,
Le temps ne t’est plus compté ;
Vas vers les nues pour conter
Le sort triste de l’humanité.
Une jinetera s’éteint dans la nuit,
Son âme s’enfuit sans un bruit…
La flamme de sa bougie vacille,
Son esprit glisse, docile.
En dehors, jouent les guitares,
Chantent et rient les fanfares ;
Des louanges aux dieux,
Des larmes plein les yeux.
La peur de l’enfer
Pour oublier la misère.
Tango et salsa rythmés en chœur,
Et meurent les oubliés sans cri de douleur…
Le soleil attise les requins,
Et les attable pour leur festin !
Pour certains, destin tragique !
Pour d’autres, trafics bénéfiques…
Aujourd’hui, je ne vois que la rage
Dans les regards perdus
De ces fillettes vendues
Dès leur plus jeune âge…