JE VOIS. Patrice, 3 novembre 2005.
Je vois
Les cimes des forêts dansant sous les vents ;
Je vois
Les prairies mouvantes, les blés, l’orge en champs ;
Je vois
Les vagues salines des vastes océans ;
Je vois
Le flot continu des fleuves remuants ;
Je vois
Les pierres taillées des villages d’autrefois…
Mais je vois aussi
Les brasiers incendiant les arbres à l’agonie,
L’agriculture intensive qui pollue, qui avilit,
Les marées noires étouffant les mers,
Les égouts à ciel ouvert que sont nos rivières
Et les centres urbains qui n’ont plus rien d’humains !
Je sens
Les parfums fruitiers des sentiers boisés ;
Je sens
Les épis coupés d’une moisson d’été ;
Je sens
L’iode chargée des embruns étrangers ;
Je sens
Les premières fournées de notre boulanger ;
Je sens
Les fragrances sensuelles d’une chère fiancée…
Mais je sens aussi
Les gaz d’échappement des jeeps des chasseurs,
Les produits phytos aux subtiles vapeurs,
Les marées chargées d’algues asphyxiantes,
L’industrie chimique aux fumées envahissantes,
Les poubelles entassées aux pieds de nos cités
Et les effluves acides s’écoulant de nos déchets.
J’entends
Le chant mélodieux des rossignols des bois ;
J’entends
Les rires joyeux des marelles d’enfants rois ;
J’entends
L’aria chantée par des chœurs enivrants ;
J’entends
Le poème conté d’une sensuelle voix ;
J’entends
Le galop libéré d’un fauve rugissant ;
Mais j’entends aussi
Les complaintes amères des profondeurs d’une cage,
Les bruits de bottes d’une armée sauvage,
Les cantiques absurdes ânonnés sous les cieux,
Les prières mystiques récitées pour leurs dieux,
Les cris de souffrance des enfants des rues,
Les larmes de rage de l’innocent battu…